Billet d’humeur de l’Affreux : billet A roulettes

Ce jour, suite aux actualités bouleversantes (ici) liées à ces renversantes trottinettes qui ont envahi le Tout-Paris et ce reste du monde qui ne compte pas à nos yeux parigots, je vous propose un extrait visionnaire de l’abécédaire en « 23 A+ 1 » de mon roman, Système A, paru en 2014 (ça remonte) chez Daphnis et Chloé, dans lequel j’avais prévu, en Nostradamus au grand pif, le funeste avenir de nos trottoirs mal décrottés ! Amateurs à deux roues, A vous !

« A ROULETTES

Tout ça va finir A roulettes !

« Papa, j’ai faim, achète-moi un paquet de fraises Tagada », c’est adorable quand cela sort de la bouche du petit Denis âgé de sept ans, moins quand le même grand enfant, trente ans plus tard, se bâfre de confiseries à sa pause-déjeuner. Aujourd’hui, Denis mange du chocolat et picole du mauvais vin. Il est gros, gras, refoule du goulot. Il a entre-temps épousé Mireille, une dinde rencontrée sur les bancs de la FAC. Ensemble, ils ont donné vie à Pierre et Jean, deux charmants bambins. Denis, outre sa passion du bricolage, leur a transmis son amour des fraises Tagada. Dans trente ans, les kids auront trente kilos en trop et devront se déplacer, comme leur fat dada A roulettes.

Bienvenue dans le Système A roulettes, un monde enveloppé où tout vous est donné, où tout vous est dû, sans que vous ayez à lever le cul de votre siège conducteur. Vous êtes fonctionnaires ? Vous raffolez des services publics ? Ce A est pour vous.

Ce Système A roulettes, vous l’avez choisi, parce qu’il vous rassure, parce qu’il est à portée de main.

On ne le dira jamais assez, on nous engraisse. Non 382

content de nous anesthésier le peu de matière grise qu’il nous reste, on nous empiffre de Mac Do plein le dos, de pizzas empâtées, de Coca strophes, de chocolats las, de frites qui s’effritent. Nos estomacs sont à bout de souffle. Ça n’est pas avec un cerveau abruti par les informations Internet, une pensée anéantie par les dogmes patronaux ou une surcharge pondérale, que notre bien-aimée société va aller de l’avant (optez pour A rebours). Comme on gave une oie en vue du foie gras de Noël, on gave votre foie en vue du file-droit toute l’année.

À l’origine des révolutions, il y a des estomacs qui crient famine, des esprits acérés qui ont la dalle. Et nous ? À quoi va-t-elle ressembler notre révolution lorsque son heure viendra ? (on nous avait annoncé l’an 2000, on attend toujours)

Allons-nous parvenir à nous exprimer le cul vissé sur nos chaises ? Allons-nous finir en roues libres avant l’heure ? Vais-je devoir piquer à Mamie Joe son fauteuil roulant pour soulever mon ventre à bière ? Allons-nous défiler, parce que trop gros pour se mouvoir, en voitures électriques ?

L’inquiétude est de mise quand on voit les chaussées parisiennes envahies par les deux roues. Bientôt, les piétons seront chassés des trottoirs par des hommes à trottinettes.

Ceux qui pratiquent le Système A sont les moins touchés par ce trop-plein de graisse. Ils avalent pourtant les mêmes portions de frites que vous. Ils boivent plus que de raison encore que vous. Quel est leur secret ?

Un régime aventureux.

Au menu de ce régime :

Tournée des CLAC de 11 heures à 17 heures : – 2 kilos/semaine. Le risque flambe la graisse.

Chasse à la gourgandine de 17 heures à l’aube : – 4 kilos/semaine. Une femme fait suer.

Tournée des bars de 17 heures à la fermeture (se pratique en même temps que la chasse à courre) : + 2 kilos la semaine. Malt et jambon-beurre indispen­sables pour reprendre des forces.

Bilan :

4 kilos éliminés par semaine.

Qui dit mieux ? »

Affreusement vôtre,

A panards, A Paname, peinard, évidemment…

L’Affreux

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