Billet d’humeur de l’Affreux : billet colon tête de con

Ce jour, en bon colon tête de con, d’un air de Vasco de Gama qui ne manque pas d’air, je hume l’air pur qui provient des terres vierges de ces contrées que nous avons, jadis, nous, les Européens, colonisées. Ah, l’île de La Réunion et son paradis tropical, sa flore endémique, et ses plantes vasculaires si bonnes pour mon petit cœur de blanc-bec si propre sur lui ; sa faune abondante, et son pétrel de Barau qui vient se réfugier sur le célèbre Piton des Neiges… J’aime cette île immaculée, inviolée par mes pairs blancs assoiffés de sang et friands de bonbons dorés enterrés dans les contrées de cet Eldorado (déjà, enfant, j’adorais dénicher les chocolats de Pâques cachés dans le jardin de mes aïeuls).

J’aime tant ce sol foulé par mes pieds pionniers que je daigne pisser sur ses plantes curatives et chier sur ses terres fertiles. Protégé des rayons du soleil tropical par mon couvre-chef onéreux pour vous, bon marché pour moi ; j’agite mes cadeaux aux autochtones désincarnés qui, eux, en retour, brandissent leurs ridicules fétiches en bois. Oui, ici, je suis tel un dieu, avec mes joujoux par milliers…

Des années plus tard, après avoir bien pillé, dénaturé, niqué l’île de beauté (eh, depuis quand les Corses ont-ils copyrighté cette appellation ?), je rentre chez moi, cultiver dans ma noble demeure mon embonpoint.

Quand on me dit que des pesticides de synthèse fournis par mes soins polluent la terre de ces… « gens-là », en bon côlon pré-cancérisé non oscarisé (mérité pourtant, je mens comme je pollue), je nie, droit dans vos yeux, fier dans mes pompes cirées par un homme de couleur. Tout comme j’ai nié mes méphitiques essais nucléaires pendant des années en Polynésie… Entre nous, il vaut mieux eux que nous, si vous voyez ce que je veux dire, amis bon chic bon genre, collets montés.

Je suis Vasco de Gama (une rue porte mon nom à Paris, mais pas que), Jean-François de La Pérouse, une baie de l’île de Pâques porte mon nom, mais pas que), et tant d’autres pionniers à la con.

L’Histoire (écrite par mes frères blancs, évidemment) m’a donné raison de civiliser la terre entière. Sans l’ombre d’un doute.

Vive le progrès…

L’envers du décor par ici :

https://reporterre.net/Pesticides-La-Reunion-a-l-aube-d-un-scandale-sanitaire

Et là :

https://reporterre.net/La-polynesie-marquee-a-jamais-par-les-essais

Exotiquement vôtre, l’Affreux

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