Billet d’humeur de l’Affreux : billet messianique

Ce jour, je lis les évangiles de Saint Pierre Rabhi, ce Rabin (elle est facile, je vous l’accorde) providentiel des temps nouveaux qui nous fait miroiter, en vieux sage paysan, un monde où chacun pourrait dans la plus grande simplicité, s’il le désirait, en prenant soin de lui et de son lopin de terre, sauver, à grande échelle, notre planète mal en point. Immigré d’Algérie, Rabhi s’est fait tout seul, à l’ancienne (c’est la génération des vieux briscards) en bossant là où il le pouvait, où l’on acceptait (aussi), comme magasinier… puis comme paysan… Bref… De là naîtront ses engagements humanitaires et son amour d’une terre exempte de produits chimiques, et surtout son désir de reconnecter l’humain avec la nature, de s’en faire une alliée sans l’asservir ni épuiser ses ressources, en vain. L’homme va instaurer, au fil des années, un modèle de paysannerie écoresponsable et engagée, et nous inciter à cultiver simplement, à la mesure de nos besoins, nos jardins. Nombre emboiteront son pas vert… et mènent, aujourd’hui, une lutte sans précédent contre la pollution des sols, le gaspillage alimentaire, le respect de la nature et la survie de notre planète.

Et puis, deux cafés plus tard, je lis les écrits de Jean-Baptiste Malet, journaliste d’investigation brillant, fine mouche, engagé, qui écornent le portrait nature du saint homme, Rabhi. Selon lui l’humaniste serait un imposteur, il détaille sa pensée dans « Le système Pierre Rabhi », à lire ici :

https://www.monde-diplomatique.fr/2018/08/MALET/58981

Le type nous « prouve » (selon, lui toujours, j’entends), des suites de son enquête, que Rabhi n’est pas aussi clean qu’il veut bien le prétendre, que l’homme aurait monté son affaire verte et bien mûre sur le dos du business ultra rentable et d’actualité de l’écologie (et pas que ça…)

Bref, un article à lire et à analyser de votre côté, mes bons Amis.

A lire, une contre-opinion, ici :

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Beaucoup-bruit-rien-defense-chiffree-factuelle-Pierre-Rabhi-2018-09-27-1200972009

Je ne poste pas ce billet mal embouché pour juger l’enquête de Malet ou réécrire la vie de Rabhi. Chacun a droit à son opinion en France. Du moins, jusqu’à ce que Macron nous coupe le sifflet (je m’étonne d’ailleurs qu’il n’ait pas encore fait sauter mon Affreuse tribune…)

Rabhi se ferait donc des racines en or en donnant des conférences  hors de prix? Le show-business le réclamerait à corps et à cris (la photo  de Rabhi en présence de Leonardo DiCaprio ne m’a pas échappé) pour parrainer leurs soirées privées ? Il serait pote avec Macron (désormais surnommé « l’homme multiple ») et les bourses de ce monde ? Tout ce vrac relève du domaine du possible… Certes…

Il n’empêche, même si le type est soi-disant en toc, son combat, lui, est bien véridique et salutaire. Si l’homme est de « paille », son idéologie ne l’est pas. Car l’enjeu du débat est désormais planétaire et bien au-delà des luttes partisanes ou idéologiques. Notre monde est en souffrance et nous avons besoin d’hommes et de femmes à même de nous offrir une bouffée d’oxygène nouvelle, de nouveaux espoirs de survie et de bien-être, loin des pensées limitées du capitalisme… Si Rabhi se joue de nous, au fond, on s’en tape comme des varices de feu ma grand-mère,  l’essentiel est qu’il délivre son message vert, avec le plus de sincérité et de conviction possible… si possible… Vous l’aurez compris, j’exècre les impossibilités.

Et puis, il ne serait pas le premier saint homme bourré de contradictions, ou bien avons-nous tous oublié qu’avant d’être le Mahatma, Gandhi, apôtre de la non-violence, de la tolérance, pratiquant du jeûne, du végétarisme, de la méditation (Super saiyan à ses heures), l’un des plus grands humanistes que la terre ait connu, avait, lui-même, reconnu ses grands besoins sexuels et sa grande jalousie envers sa femme (rien de bien extraordinaire), sans oublier, après la mort de cette dernière, ses années passées à partager la couche de sa nièce… Ouais… Y’a peut-être des trucs à redire… Mais ça n’est pas de mon ressort mal huilé…

Avons-nous également oublié les colères de Jésus notamment à l’égard des marchands du temple ? Son éventuelle aventure avec Marie Madeleine ? Eh ouais, avant qu’il ne soit canonisé par l’Eglise catholique, Jésus était un homme comme les autres… Ses miracles sont à lire avec du recul…

Avons-nous oublié, surtout, qu’avant d’être l’Affreux public numéro un, j’étais élève modèle number one, premier de cordée (c’est tendance, ces temps-ci) et roliste forcené ?

Nul n’est « parfait » ni pur de cœur et de sentiments. Pas même Charles Ingalls.

On s’en fiche des écarts de Rabhi, de Gandhi et des autres Jésus. Ce qui compte, ce sont leurs actes et les bons points qu’ils marquent lors de leur bref passage sur terre… La perfection a été inventée par les religieux qui cherchent à nous faire culpabiliser.

Mieux vaut suivre l’exemple d’un saint escroc qu’un salaud notoire, non ?

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